C'est le portefeuille, voyons

31 juillet, 2019 - Ce blog a été publié pour la première fois dans Northern Ontario Business.

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Des experts de partout au pays tentent actuellement de comprendre pourquoi ils ont perdu le débat sur la taxe sur le carbone. La preuve est accablante : une taxe généralisée sur les émissions de carbone est la façon la plus efficace et la moins coûteuse de passer d’une économie à forte intensité carbonique à une économie à faibles émissions de carbone. Pourtant, dans une province après l’autre, les gouvernements choisissent des solutions moins efficaces et plus coûteuses pour réglementer cette pollution, avec l’établissement du prix du carbone pour les grands pollueurs.

On se regardera beaucoup le nombril et on se blâmera allègrement dans un avenir rapproché, mais la réponse est on ne peut plus claire. C’est le portefeuille, voyons ! Les électeurs ne sont pas prêts à accepter une autre « taxe sur n’importe quoi », particulièrement lorsqu’un autre politicien est prêt à leur offrir plutôt une taxe plus élevée sur certaines choses, laquelle devrait, au moins au début, être payée par quelqu’un d’autre.

Dans les derniers sondages à l’échelle nationale, le « coût de la vie » arrive au sommet du palmarès des principaux enjeux de la prochaine élection fédérale de cet automne. Pour les économistes, il semble peu sensé de s’inquiéter du « coût de la vie » lorsque le taux d’inflation est stable, à environ 2 %, depuis plus de 20 ans. Pour les politicologues, l’apparition soudaine du « coût de la vie » comme facteur décisif, plutôt que la santé ou l’éducation, est tout un choc.

Pour la Canadienne moyenne et le Canadien moyen, cependant, cela n’est pas surprenant. Qu’il s’agisse du coût du logement à Toronto, du prix de l’essence à Kenora ou des impôts fonciers un peu partout ailleurs, les dépenses augmentent chaque année et croissent plus rapidement que les revenus. Ça, un parent qui peine à payer chaque mois ses frais de garderie (dans n’importe quelle province qui n’est pas le Québec) le comprend clairement, comme bien des travailleurs dans un grand centre (même au Québec) qui cherchent à réaliser des économies pour acheter une maison. Cette réalité a des répercussions au chapitre de la stratégie politique et de la politique publique.

Considérez le NPD. Ils arrivent maintenant au quatrième rang des intentions de vote à l’échelle nationale. Pour le meilleur ou pour (surtout) le pire, le NPD est largement perçu comme le parti des impôts élevés et des dépenses élevées. Étrangement, lorsqu’il forme le gouvernement (dans une province), le NPD obtient les meilleurs résultats au chapitre de la prudence financière parmi tous les partis. Si j’étais à sa place, je paraderais Janice Mackinnon pendant des activités publiques, plutôt que de laisser mes adversaires politiques s’en servir.

Mackinnon fut la ministre des Finances de Roy Romanow (NPD) et est généralement considérée comme étant la ministre des Finances de l’ère moderne qui a le mieux arrimé ses dépenses à ses revenus. Elle y est arrivée tout en élargissant et rendant plus durables des appuis clés pour des populations à risque et mal desservies. Elle a su protéger le portefeuille de ses électeurs tout en améliorant les services gouvernementaux.

Les Libéraux, malgré leur prise de position par rapport à la taxe sur le carbone, comprennent aussi les problèmes liés au portefeuille. En 2015, ils ont promis de diminuer les impôts et les prix pour les Canadiens et ils ont généralement tenu parole. La plupart de leurs nouvelles dépenses ont été financées par la dette, en remettant si l’on veut le paiement à plus tard. La même tendance se dessine pour cet automne et, s’ils sont élus, pour les années à venir. Leurs principales promesses comprennent de nouvelles baisses d’impôts et de nouvelles réductions du prix de services offerts par le gouvernement. Nous pouvons être assurés que de gros enjeux comme un possible régime d’assurance médicaments nationale verront leurs coûts remis à plus tard, ce qui soulagera votre portefeuille, mais rendra la situation plus difficile pour la prochaine génération d’électeurs. Qui, commodément, sera le problème de quelqu’un d’autre.

Pour en revenir à Mackinnon, elle est la chouchou, depuis un certain temps, des tenants du conservatisme fiscal. Attendez-vous à ce que les Conservateurs continuent à s’époumoner en répétant ses messages de base de taux d’imposition raisonnables, d’un bon rapport qualité-prix et d’aider les gens à s’aider eux-mêmes. Malheureusement pour les Conservateurs, les Libéraux vendent aussi cette même salade, sans l’accompagnement de rhétorique populiste.

Quant aux Verts, ils doivent démontrer leur pertinence. Mais ils doivent le faire sans confusion entre économie et environnement ni sans promesse de revenu garanti, un concept que même le NPD a abandonné il y a belle lurette comme étant non seulement inabordable, mais aussi inéquitable.

Les prochains mois promettent d’être intéressants, mais au bout du compte, lorsque la poussière rhétorique sera retombée, le gagnant sera probablement le parti qui promettra de mieux protéger votre portefeuille, et cela me convient parfaitement.

 

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Charles Cirtwell est président fondateur et chef de la direction de l'IPN


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