Des plants de marijuana pour faire pousser le nord?

Le 26 juin 2017 -  Le 24 mars, le gouvernement du Nouveau-Brunswick annonçait non seulement qu’il adopterait la marijuana comme créatrice potentielle de revenu et d’emplois dans le pays, mais il allait aussi loin que faire de sa production un pilier de sa stratégie économique.

Après l’annonce du gouvernement fédéral, soit que l’utilisation récréative de la marijuana sera légale au pays d’ici la Fête du Canada de 2018, le gouvernement du Nouveau-Brunswick semble prêt à profiter de cette occasion et à faire son possible pour préparer l’avenir. Ce qui est espéré, c’est qu’en adoptant et en soutenant l’industrie, la province bénéficie des revenus prévus des ventes de marijuana, fasse croître son PIB et offre aux résidants une nouvelle source d’emplois.

La question que je pose maintenant est celle-ci : si cela peut fonctionner pour le Nouveau-Brunswick, serait-ce aussi le cas pour le Nord ontarien? Est-ce que la légalisation de la marijuana serait l’occasion en or qu’attendait le nord?

Avant de pouvoir répondre à cette question, prenons du recul et examinons l’industrie complexe de la marijuana récréative. L’industrie de la marijuana se divise en deux secteurs, médical et récréatif. Contrairement aux autres parties de l’Ontario, peu de dispensaires existent dans le Nord ontarien (un a tout de même ouvert ses portes à Sault Ste Marie). Toutefois, il y a dans le Nord des cliniques médicales qui facilitent la livraison de la marijuana médicale aux patients, laquelle provient de producteurs autorisés, à l’extérieur du Nord.

En outre, il y une différence entre les ventes de marijuana et la production de celle-ci. Actuellement, par exemple, près de Kirkland Lake, une installation de production de marijuana a été autorisée. Curieusement, cette installation découle d’un partenariat entre la Première Nation Wahgoshing et la société DelShen Therapeutics, et ce, comme moyen de faire bénéficier économiquement la Première Nation et d’offrir des emplois aux membres de la collectivité.

D’autres installations attendent l’approbation finale de Santé Canada – l’une à Kapuskasing, l’autre à l’extérieur de Sudbury. En tout, il y a  50 producteurs autorisés de marijuana au Canada, dont 27 en Ontario (consultation du site le 20 juin 2017).

Revenons à ma question; nombreux sont ceux qui ont prétendu que la légalisation de la marijuana aura des répercussions considérables. Dans un rapport de Deliotte en 2016, il était suggéré que la marijuana récréative légalisée pourrait représenter quelque 22,6 milliards de dollars pour l’économie canadienne, ce qui tient compte des ventes de cette marijuana ainsi que de « facteurs auxiliaires tels que la sécurité, le transport, etc. ».

Certes, beaucoup de dirigeants et de partisans de cette industrie dans le Nord ontarien font valoir que l’élargissement de l’industrie de la marijuana pourrait bénéficier à l’économie. Alan Spacek, maire de Kapuskasing, dit que si l’installation proposée dans cette collectivité est approuvée, « plus de 40 emplois » pourraient en découler; en revanche, Dr Barry Kurtzer, président et chef de la direction de DelShan Therapuetics Medical Marijuana à Kirkland Lake, prévoit entre « 30 et 50 emplois » pendant qu’il va de l’avant pour la production de marijuana. Bob Bateman, d’une société désignée par 6-82 R-X, à Sudbury, prévoit embaucher six personnes à temps plein et prédit « d’importantes retombées économiques pour les chercheurs et biologistes médicaux de la ville » lorsque son installation sera approuvée par Santé Canada.

Dans un segment de CBC Morning North, rendu public le 18 avril, Bob Batemen présentait une analogie intéressante. Il suggérait que les auditeurs comparent l’industrie de la marijuana à la « spectaculaire » industrie du vin qui a émergé en Ontario, avec des milliers de domaines viticoles apparaissant dans la province et produisant des vins de haute qualité – et j’ose même dire des vins boutique. De même, nous avons vu une augmentation des brasseries locales dans le Nord. Depuis 2010, douze nouvelles brasseries ont ouvert leurs portes dans des collectivités du Nord ontarien, notamment Kenora, Timmins, Sault Ste. Marie et Nobel. Bob croit que l’industrie de la marijuana représente une occasion semblable – la chance que des exploitations démarrent en Ontario, afin de produire une marijuana et des produits dérivés différents et de haute qualité ainsi que d’autres technologies connexes.

Il prétend que le Nord ontarien possède des avantages distincts – d’abord parce que l’École de médecine du Nord de l'Ontario, aux universités Laurentienne et Lakehead, offre des possibilités d’innovation et de recherche, surtout pour la marijuana médicale. Ensuite, comme l’a dit le maire Spacek lors d’une entrevue, la production de la marijuana n’est qu’une forme d’exploitation agricole, et « l’agriculture devient une grosse affaire dans notre secteur » (comme dans d’autres du Nord). De plus, le Nord ontarien se vante de pouvoir offrir beaucoup d’espace à un coût inférieur, ce qui inciterait davantage d’entrepreneurs dans le domaine de la marijuana à envisager de s’installer dans la région.

Après la légalisation de la marijuana, l’on s’attend à ce que la demande augmente, ce qui signifie que davantage de possibilités financières s’offriront aux producteurs potentiels. Le processus d’approbation d’installations de production par Santé Canada sera probablement plus rapide que par le passé.

Évidemment, le Nord ontarien, comme région plutôt que comme province, ne jouit pas des mêmes pouvoirs et outils que le Nouveau-Brunswick lorsqu’il s’agit d’adopter et de soutenir l’industrie de la marijuana. Alors, il reviendra aux dirigeants du Nord de cultiver un milieu ouvert à cette sorte d’entreprise et de profiter des possibilités de communiquer leurs demandes au gouvernement provincial, lequel verra inévitablement à déterminer les règles spécifiques entourant la marijuana, entre autres, la façon de la vendre.

Cela dit, ce ne sont pas tous les dirigeants du Nord ontarien qui favorisent la légalisation de la marijuana ou bien les modalités du processus de changement. Par exemple, le président de l'association des municipalités du Nord-Ouest de l'Ontario , Dave Canfield, a demandé au gouvernement fédéral de « freiner » le plan et de prendre le temps d'étudier comment les recettes fiscales provenant de la vente de la marijuana seront partagées entre les divers paliers gouvernementaux – faisant valoir que les municipalités devraient recevoir une part des revenus car elles devront assumer la majeure partie des frais connexes. Quoi qu’il en soit, si le Nord veut devenir un chef de file de l’industrie de la marijuana, le moment est venu de commencer les discussions entre les dirigeants communautaires, ceux de la santé et du maintien de l’ordre public ainsi que les citoyens.

Pour tirer avantage du potentiel accompagnant la marijuana, les collectivités doivent penser à ce qu’elles peuvent faire pour aider l’industrie de la marijuana. Certes des champions communautaires tels que le maire Spacek seront cruciaux pour le soutien et les progrès de la cause. Si le Nord ontarien veut prendre au sérieux le rôle qu'il peut jouer sur ce marché naissant, le temps d’agir est maintenant.


Emma Helfand-Green est une analyste principale de politique à l’Institut des politiques du Nord.

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